L’été sous les platanes

Ce matin, en donnant le biberon à mon bébé, assise à l’ombre des platanes du jardin où j’ai grandit, la dure fatalité m’a heurtée de plein fouet.

J’ai regardé le tronc de l’arbre, dans les moindres détails, le poulailler construit par mon grand père, la fenêtre du garage, le tas de cailloux mille fois escaladé, le robinet en tôle, le muret de brique au pied duquel nous avons imaginé mille cabanes et autant d’histoires.
Et tôt d’un coup j’ai réalisé que c’était peut être les dernières fois que je pourrais les observer à loisir.
Peut être bientôt la sentence allait tomber.
Finit nos enfants sauvages sur la balançoire, finit les poules et le coq ébouriffé, adieu le garage et ses trésors, les siestes dans l’herbe et les goûters à l’ombre.
Peut être bientôt ils diraient qu’il faut se rendre à l’évidence, que « soyons réalistes on ne peut pas la garder », qu’il faut lui dire au revoir à jamais.


Ma gorge s’est serrées, mon tout petit contre moi, et les larmes se sont mises à couler d’abord en silence puis les sanglots.
Dans un flot que je n’arrivais plus à contrôler, j’ai pleuré mon enfance et les souvenirs heureux.
Pleuré ma mamie et ses rires aux éclats, mon papy et son sifflotement reconnaissable entre mille.
Pleuré les parties de rami, les tours de France, les western et la maison dans la prairie sous le cerisier.
Pleuré sur les confitures, le bruit de la machine à coudre, les belles de nuits et les promenades en pyjamas.


Puis derrière le voile qui embuait mes yeux, je me suis dit qu’il valait mieux profiter, cueillir chaque seconde qu’il nous était donné de vivre encore ici, regarder nos enfants se fabriquer des souvenirs, ne plus penser à cette échéance qui fait souffrir.


Ma sœur a ré intégré la maison familiale avec les siens, pour quelques mois, le temps que sa maison à elle soit terminée.
Elle a remis de la vie où il n’y en avait presque plus, et je viens l’y rejoindre le plus souvent possible parce que c’est un bonheur sans nom que de pouvoir marcher encore sur le carrelage frais du couloir en me réveillant le matin.





Cette maison n’est pas à nous, elle est à ma maman et à ses frères.
Jusque là, c’était trop difficile pour eux de la voir partir, mais depuis quelques temps ils ont pris la décision, il faudra lui dire au revoir.
Ma sœur nous donne un sursis inespéré.


Nous avons toutes les deux un rêve secret.


Un rêve de maison de famille à nous dans la maison qui nous a vues grandir, qui pourrait aussi devenir un gîte de temps en temps.
Mais comment faire?
Ou trouver les fonds nécessaires?


Cette idée ne me quitte pas, je la tourne et la retourne pour tenter de trouver une issue heureuse...

Pour le moment, nous avons la chance de pouvoir passer encore un été sous les platanes et j’aimerai qu’il ne finisse jamais.






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